Définitions des termes employés

Publié le par Alexandre Pereira

(D'après Le Robert, dictionnaire historique de la langue française , sous la direction d'Alain Rey) :



Politique : n. f. est emprunté (v. 1268), par l'intermédiaire d'une forme de latin tardif politice, au grec politikê (sous-entendy tekhnê) "science des affaires de l'Etat, affaires de l'Etat". Ce mot est la substantivation au féminin de l'adjectif politikos. Le nom s'est imposé en français aux dépens de l'emploi spécialisé de politice, représentant du latin politia (=police) et de politiques, traduction du neutre pluriel substantivé politica, repris du grec ta politika "les affaires publiques, ce qui concerne l'Etat" dans le titre de l'ouvrage d'Aristote traduit par Oresme, Le Livre des politiques d'Aristote (1373-1374).
Dans ses premiers emplois, la politique est entendue à la fois comme une science, une technique, un art et comme la pratique du gouvernement des sociétés humaines. Participant de ses deux natures théorique et pratique, la politique fait, au 17è et au 18è siècles partie de la morale, science de la société et des moeurs, alors que dans des emplois modernes l'accent est mis sur la pratique : on oppose souvent morale et politique. Le mot se répand dans l'usage courant au sens figuré de "manière de conduire une affaire, conduite dans un domaine privé" (1651-1657, Scarron), en particulier avec la nuance d' "habileté, adresse, calcul intéressé" (1656) qui appartient à l'usage plus littéraire. Politique désigne en particulier une manière de gouverner, un type de gouvernement (1640) et, collectivement, l'ensemble des affaires publiques concernant le pouvoir et son opposition, l'activité relative à l'exercice des pouvoirs dans un Etat (1675). [...].
L'adjectif politique est emprunté (1365, Oresme) au latin politicus "relatif au gouvernement des hommes", lui-même pris au grec politikos "qui concerne les citoyens, l'Etat", d'où "habile dans les affaires publiques", également "qui a la faveur de ses concitoyens, populaire" et "capable de vivre en société, sociable". Politikos vient de politês "de la cité, de l'Etat", substantivé pour désigner le citoyen et, par extension, le concitoyen. Politês est lui-même dérivé de polis "cité". L'adjectif a été repris pour qualifier ce qui est propre à un bon gouvernement et à propos de qualités nécessaires à l'action politique ; par extension ou réemprunt au latin, qui a ce sens, il s'est appliqué à une personne sage et adroite dans le gouvernement des hommes (v. 1485), homme politique (1636) étant alors glosé comme "bien versé au fait de police (administration)", et s'est employé également au figuré pour "qui s'accomode à toutes les situations, adroit" (1636), sens sorti d'usage.
A côté de ces acceptations, le mot a aussi depuis Oresme (v. 1370), le sens neutre de "qui concerne les gouvernements des hommes entre eux, la chose publique". Tel est le sens le plus général du mot, réalisé par exemple dans l'expression économie politique. Plus souvent, politique, depuis le 18è s. qualifie ce qui est relatif à l'organisation et à l'exercie du pouvoir temporel dans une société organisée, le gouvernement d'un Etat, à l'exercice de la souveraineté par le peuple (1789, droits politiques), aux personnes qui détiennent ou tentent de détenir le pouvoir, de jouer un rôle dans le gouvernement, dans des expressions comme corps politique (1721), chef poitique (1734), homme et (récemment) femme politique.
Il qualifie particulièrement ce qui est relatif à la conception, à la théorie du pouvoir et ce qui est relatif à son étude. C'est le cas de science politique (1770), l'argot scolaire abrégeant en Sciences-po l'ancienne dénomination Ecole des sciences politiques, remplacée par Institut d'études politiques (en France).
Un grand nombre d'emplois courants se range sous le sens de "relatif aux rapports entre le pouvoir et son opposition, à la lutte autour du pouvoir", notamment les expressions relatives aux opinions (opinions politiques, 1790), et spécialement, en droit pénal, délit politique (1815), détenu politique (1848), prisonnier politique.
Enfin, le mot se rapporte plus particulièrement à ce qui est relatif à l'Etat, aux Etats et à leurs rapports entre eux (1690). [...].


Stratégie
:  n. f., emprunté d'abord (1562) au latin impérial strategia,  du grec stratêgia le sens de "gouvernement militaire d'une province" , sorti d'usage. Réemprunté au début du 19è s. au dérivé grec stratêgia "commandement d'une armée", "charge de stratège" et "aptitude à commander une armée", il désigne (1803, Bloch et Wartburg, puis 1812) l'art de faire évoluer une armée sur un théâtre d'opérations jusqu'au moment où elle entre en contact avec l'ennemi, puis, spécialement (1876), la partie de la science militaire qui concerne la conduite générale de la guerre et l'organisation de la défense d'un pays.  Dans ces  deux valeurs, le mot est opposé à tactique.
Comme ce dernier, stratégie s'emploie pour parler d'un ensemble d'actions coordonnées ; d'abord par métaphore du sens militaire ("Pourquoi la paix n'aurait-elle pas sa stratégie?", E. Girardin), ce sens ne s'est lexicalisé que plus tard par exemple dans stratégie électorale  ; par extension, il s'est introduit dans le vocabulaire de l'économie (1973, stratégie défensive), de la publicité (stratégie de communication) et désigne généralement la manière d'organiser une action pour aboutir à un certain résultat.


Tactique : n. f., est emprunté au grec taktikê (sous-entendu tekhnê) "art de ranger, de disposer, ou de faire manoeuvrer des troupes", substantivation de l'adjectif taktikos "qui concerne l'arrangement, la disposition". Le mot est dérivé de tassein (tattein en attique) "placer, ordonner", spécialement employé en art militaire, mot sans étymologie établie.
Tactique
s'est introduit en français avec le sens spécialisé en art militaire de son étymon grec, de nos jours entendu de façon plus large comme l'art de combiner les moyens militaires au service d'un combat. Il est passé dans l'usage courant (1788) en parlant de l'ensemble des moyens mis en oeuvre pour parvenir à une fin, s'opposant à stratégie, qui désigne la façon de mener un conflit dans son ensemble.
L'adjectif tactique (v. 1850) est soit un emploi adjectif du nom, soit un réemprunt au grec taktikos "relatif à l'art de placer, d'arranger (spécialement une armée)". Le mot, d'abord employé dans le domaine militaire, signifie à la fois "relatif au combat" et "utilisable au combat" (1860) ; il est passé dans l'usage courant au 20è siècle et a acquis récemment un sens militaire technique.


Publicité

Publié dans Lexique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article